3e États généraux de la révolution numérique
Reprenons le pouvoir !
9 & 10 mars 2018

Les communs numériques, les tiers lieux : moyens et lieux de reprise du pouvoir ?

Refusant l’isolement social du télétravail à domicile, mais aussi l’atmosphère stressante, hyper contrôlée et étouffante de l’entreprise où parfois le voisin de bureau est plus vécu comme un concurrent que comme un collègue, de plus en plus de travailleurs exercent une partie plus ou moins grande du temps de leurs activités professionnelles dans ce qu’on appelle des tiers lieux : espaces de co-travail, fablabs,… où ils retrouvent une certaine socialisation, où se construisent sur la base de la force des « liens faibles », de nouvelles formes de solidarités, d’entraides et de coopérations. Ces territoires deviennent des lieux de politisation à partir du travail.

De plus en plus de jeunes ne supportent plus de faire des « jobs à la con », c'est-à-dire un travail où ils ne trouvent pas de sens, d’être privés de protection sociale, d’avoir une autre hiérarchie que celle de la compétence. Nombre d’entre eux veulent créer et entreprendre, mais leur rêve n'est pas de créer une start-up, la revendre au plus offrant pour faire fortune et avoir à 30 ans, une Rolex.

Non, l’objectif de ces jeunes n’est pas de faire fortune, mais de créer, d’entretenir, de rendre accessible via un réseau numérique des « communs mondiaux d’innovation partagée ». Ils ne supportent pas, qu’à cause de la recherche du profit maximum, nombre d’innovations technologiques pertinentes et utiles restent dans placards.

Ces jeunes pensent nouveaux modes de production, coopérative, économie sociale et solidaire, économie circulaire, lutte contre l’obsolescence programmée, réparabilité, mise en commun.

Ces jeunes et moins jeunes, se retrouvent aussi dans des réseaux d'ateliers coopératifs de fabrication et de création numérique que sont les fablabs, les hackers et makers spaces, les communautés de développement de logiciels libres, mais aussi dans les jardins et habitats partagés, les amaps, les plateformes numériques coopératives, contre-modèles des plateformes propriétaires à la Uber. Ces tiers lieux, avec nombre de contradictions, préfigurent l'une des institutions d'une possible « République des communs ». Avec leurs limites et leurs fragilités, ce sont des lieux concrets de prototypage, d’expérimentation d’une société post-capitaliste.

Alors, plutôt que de gâcher son argent à aider des start-ups aux réalisations et à l’utilité sociale souvent douteuse, l’État devrait, s’il veut vraiment développer en France l’innovation technologique, jouer le rôle d’incubateur de ces tiers lieux, en liaison avec une véritable politique de recherche publique.

Avec
Michel Bauwens
Michel Bauwens

fondation P2P auteur de « Manifeste pour une véritable économie colllaborative, vers une société des Communs »

Michel Lallement
Michel Lallement

chercheur au CNAM auteur de « Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social »

Alain Obadia
Alain Obadia

PCF, président de la fondation Gabriel Péri