3e États généraux de la révolution numérique
Reprenons le pouvoir !
9 & 10 mars 2018

Reprendre le pouvoir sur les données

La numérisation progressive de l’ensemble des activités humaines est pourvoyeuse d’une masse inouïe et croissante de données. Ces données numériques constituent aujourd’hui 98% des données que nous produisons (contre 1% il y a 30 ans), représentant un volume de 20 Zettaoctets (20 milliards de Teraoctets).

Avec la multiplication des terminaux connectés permettant de capter et diffuser des données, l’internet des objets notamment, ce chiffre pourrait être multiplié par 8 d’ici 10 ans. Une évolution rendue possible par les capacités croissantes de stockage, de traitement et d'acheminement de l’information.

Ce formidable trésor de données est constitué des mails que nous écrivons, nos publications sur les réseaux sociaux, nos films et photos de vacances, nos achats mais aussi désormais les coordonnées de notre géolocalisation, ou encore nos variables biologiques captées par notre montre connectée...

Ces données sont l’objet de toutes les convoitises au coeur d’un modèle d’exploitation économique d’un nouveau genre, qu’on peut qualifier d’un capitalisme de la donnée. Elles constituent d’une part, à partir d’informations produites gratuitement par les citoyens, une immense base d’expertise statistique à partir de schémas de corrélation plutôt que de causalité. Elle mobilise aussi tout un sous prolétariat payé à la tâche pour nettoyer les données, les normaliser, et pour entraîner les logiciels d'Intelligence artificielle qui les exploitent.

Cette accumulation inédite de données ouvre des perspectives inquiétantes de profilage des personnes, par exemple pour définir des profils à risque aux fins de moduler les tarifs assurantiels et en matière de ressource humaine.

La lutte contre la confiscation de l’information et son exploitation commerciale par une poignée de plateformes qui captent de la valeur produite par d'autres, est l’enjeu d’un combat politique nouveau : celui de la maîtrise citoyenne de la donnée.

Avec
Antonio A. Casilli
Antonio A. Casilli

maître de conférences en humanités numériques à Télécom ParisTech et chercheur à EHESS

Serge Abiteboul
Serge Abiteboul

chercheur à l'ENS Paris et directeur de recherche à l'Inria

Marie-Pierre Vieu
Marie-Pierre Vieu

PCF députée européenne